"Aïni à l'assaut du ciel"

par Chirstian Noorbergen.

Toujours en pleine bourre, Aïni, et sous l'emprise fiévreuse de la grande matrice, l'accoucheuse de tous les mondes. Ainsi surgit sa dure peinture des origines, entre ciel et boue. Tout part du centre immense de la vie, bloc obscur, atroce et sublime, couleur de terre torturée et de foutre, d'où s'arrachent les naissances.

Sans titre - 2008

Ainsi, exubérant prodigieux, Aïni l'hétérogène s'arrache à la grisaille. Il y avait un corps qui protégeait, la grand mère en voûte, en toit, en abri-sous-chair, et qui laisse à vif les corps qui s'aventurent au dehors. Sa création est arrachement, quand les îles du corps veulent gagner le large, et tous les orifices sont de rouges repères...

Il faut payer le prix du sang, et les cris de l'art, pour vivre hors paix, en être fragile, et fragilité en foule.

L'animisme d'Aïni, aux sources perdues, entre transe et dérision, est saisissant et grotesque, sacrificiel, ironique et jouissif. Le corps aïnien s'est débarrassé de la chair inutile et flasque, aux boursouflures pesantes qui s'abîment au-dedans, pour se lancer à l'assaut du ciel.

Dans cette peinture d'étreinte toujours en saillie, Aïni, inarrêtable boute-en-train, s'arrime aux racines archaïques du monde, mais la culture est vaine quand il s'agit d'atteindre par les corps étirés tous les bouts de l'univers. Et comme de vaines tentacules, ces bras si fins, squelettiques membres d'amour avides de vie, étreignent le vide absolu qui sépare les corps. Inaccessibles sont les marches de l'infini.

Chez Aïni, la finitude souffre, et son hilarité paillarde exacerbe la création. Son art est plus vif que la détresse, et s'il crucifie la tendresse, sa formidable créativité éveille le chaos qu'il tient dans sa poigne.

L'espace chromatique est resserré, des nœuds charnels s'emboîtent au rouge profond, une matière étrange, en flaque austère, constitue un sol improbable. Soleil barbare, le corps innombrable, en effusion cruelle, porte le poids de nos vies.